Réflexion contemplative en terre celte.

Réflexion contemplative en terre celte.

« La grande mer
A rompu mes amarres
Elle m'emporte
Comme la semence dans la grande rivière
La terre et les tempêtes
Me transportent
M'ont entraînée au loin
M'animant d'une joie profonde »
Chant d'Uvavnuk , femme chamane Eskimo.


Assis devant mon écran d’ordinateur, je me sentais déboussolé. Je recherchais un endroit pour l'évasion, un endroit pour épurer mon corps et mon esprit. Je voulais reprendre la voie d'une vie d'amour, de joie et de sérénité. Avez-vous déjà senti cet instant de vide qui vous pousse à vouloir reprendre un nouveau chemin?

Avec ma moitié, nous disposions d' une semaine pour réaliser cette visualisation inspirante. Et le voyage devait commencer dans 2 jours...

Face à cet écran donc, je surfais là où mon moteur de recherche m’emmenait : Islande, les pays nordiques, les îles anglo-normandes... la liste des destinations n'est pas exhaustive, mais je vous épargne de toutes les citer... Et soudain, un souvenir d'enfance me revint. Nous étions à la pointe du Raz en Bretagne. Mon père me montrait du doigt l'horizon : « Regarde au loin, c'est l'Amérique ».

Ce souvenir me remémora cette impression d'immensité face à l'océan qui s'ouvre. C'est ainsi, par ce souvenir mêlé à l'instinct que notre décision fut prise d'aller en terre celte.

Randonnée Pointe du raz Bretagne

Pointe du raz, partie la plus avancée vers l'ouest du cap Sizun © Mathieu


Nous avions réservé un Airbnb à Plogoff. Cette ville est hautement symbolique pour avoir dit non, il y a 40 ans, à l’implantation d'une centrale nucléaire. Non loin de l'extrême pointe de la Bretagne, au bord de mer, nous logions dans une maisonnette en bois, de forme triangulaire. Le lieu, Embruns d'herbe slow camp,disposede trois gîtes en constructions écologiques. Le camp offre une vue imprenable sur l'océan et un jardin en permaculture est en train de germer. Franck est une personne très accueillante et un fin connaisseur de ces terres qui saura vous proposer divers événements liés au sport, la nature et le bien être. Il est emplit d'une grande humanité et un fervent croyant de la synergie des bonnes ondes, (pour reprendre ses termes).

Le soir de notre arrivée, Franck nous annonça qu'il prévoyait de la tempête, avec des pointes allant jusqu'à 155 km/h. Et en mon for intérieur je jubilais, car c'est bien cela que j’espérais. Et je rends grâce aux caprices de la météo pour cela, car rien n'égale ce paysage chaotique de cette mer déchaînée, ce brassage des courants, lorsque les immenses vagues déferlent et s'entrechoquent sur ces blocs de roche primaire. Dans ce va et vient incessant, la chorégraphie semble orchestrée depuis l'aube des temps.

Tempête pointe du raz bretagne

Avis de tempêtes sur la bretagne, raffales à + de 150km/h ! © Mathieu


Si vous aimez la randonnée, la GR34 ou sentier des douaniers, permet d'apercevoir des incroyables vues des côtes de la Bretagne. Nous sommes des amoureux de la randonnée et nous venions aussi pour cela. La marche est vraiment libératrice du marasme. Elle épure nos pensées incessantes liées au mental, elle nous recentre en fait, sur l'essentiel : le moment présent. Marcher c'est mettre un pied devant l'autre, sans cesse en mouvement et à renouveler. A mon goût, c'est une conception de la vie hautement spirituelle et hédoniste, à travers cette longue marche vers l'inconnu. Le mouvement permet de briser l'immobilisme anéantissant, telle cette vague déferlant sur le rivage. Littéralement, la langue Allemande exprime vraiment bien le sens de la marche dans nos vies. « Comment ça va ? » - Wie geht's ? se définit littéralement par « Comment ça marche ? ». On y répond alors : « ça va » - Geht so- « ça marche ».

Et cette marche nous y emmena, vers la pointe du Raz, en terre celte. Nous y étions, au bout du monde terrestre et aux prémices du royaume de la mer. Ici, tout est sauvage, incontrôlable, libre et capricieux. Le calme dans la tempête, voilà tout le paradoxe que cela m'exprima. Cette nature authentique vous procure généreusement un arrêt sur image, une conscience de l'état d'être au présent, un ralentissement de nos vies effrénées et chronométrées au sein de cet état d'urgence.Nous marchions avec entrain, longeant la côte assiégée par les assauts répétés des vagues. Le vent soufflait fort, les éléments étaient déchaînés. L'esprit, petit à petit, chassait toutes ces ondes négatives et intempestives de notre mental, qui répond toujours à l'appel lorsqu'il s'agit de cela.

Arc-en-ciel pendant la randonnée en bretagne

Réflexions contemplatives devant l'arc-en-ciel © Mathieu


Au loin se dressait un bloc de roche massif, sculpté par le vent iodé. Au milieu, il y avait un espace circulaire et creux, ou l'on pouvait s'y poser dessus. Sa formeressemblait à une paume de main ouvert, je la vis comme une invitation à la détente et à la contemplation. Nous étions allongés, emplit de calme. Nous entrions dans cet état d'extase du présent, jubilation d'être. Ce sont, à mon goût, ces moments les plus simplets d'apparence qui sont les plus forts de sens. Et oui...il en faut peu pour être heureux.

Spiritualité celte en Bretagne

Terre celte de spiritualité © Mathieu


Et pendant ce temps-là, le soleil entamait sa dernière course quotidienne, le ciel explosait de couleurs rougeâtres. Le cercle lumineux du soleil ne devient plus qu'une ligne à l'horizon. Et après que celui-ci ait disparu, sa lumière offrait toujours de la clarté avant que l'obscurité de la nuit s'installa pour de bon. En regardant cela, je me disais en fort intérieur; « Quel peintre peut prétendre réaliser une peinture aussi belle que cette réalité ? »

Et pendant ce temps-là, les mouettes et les goélands planaient en apesanteur dans le ciel avec une telle aisance, alors que nous avions parfois tant de peine à rester sur nos deux pieds. Et je me disais alors : « Quelle machinerie du ciel inventé par l'homme peut atteindre ces prouesses ? »

Et pendant ce temps-là, ces pics de roches qui apparurent lors de la fin de l'âge glaciaire reflétaient l'âge ancestral du monde, sculpture de tous les temps. « Quel sculpteur peut prétendre à une telle sculpture ? »

Et pendant ce temps-là, le vent soufflait fort, les vagues heurtaient le rivage et les galets de la plage s'en allaient et revenaient. Cette symbiose naturelle nous apportait cette mélodie délicieuse, ce concerto inclassable. « Quel compositeur a déjà composé une si belle mélodie ? »

Et pendant ce temps là, cette réflexion contemplative m'a pénétré face à cet état de nature, qui est le nôtre également. Si j'écris cela ce n'est pas pour clamer ma misanthropie, tout au contraire, espérer que l'humanité reprenne sa place dans le cycle naturel de la vie.

Et pendant ce temps-là, l'homme dans sa cupidité et son orgueil a l'assurance que son savoir intellectuel peut outrepasser les lois naturelles de la vie. Mais comme dit l’adage : la Nature n'a pas besoin de l'homme, alors que lui a besoin de la nature.

Tempête en mer en Bretagne

Tempête en mer © Mathieu


Et pendant ce temps-là, je me souviens de cette histoire d’une tribu amérindienne où les membres crachaient au sol pour offrir une goutte d'eau à leur terre mère qu'ils vénéraient. Avant de reprendre notre chemin et rentrer dans notre cabane en bois, c'est ce que je fis. Je crachais sur ce sol, non pas pour une superstition ou une croyance d'être ce que je ne suis pas, mais simplement par cette volonté d'exprimer cette humilité et cette gratitude à notre terre mère.

Mer en Bretagne

Mer en Bretagne © Mathieu


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